« Né So » Blues-rock mandingue

Bookings: spectacles@rokiatraore.net

Un but doit avoir sa raison
A la base de toute réussite il y a une raison
A la base de tout échec il y a un but sans raison.

Tels sont les mots, fiévreusement chantés en bambara, qui ouvrent Kenia, l’un des titres de Né So (“Chez moi”), le sixième album de Rokia Traoré. A eux seuls, ils résument la force qui meut la Malienne dans son périple musical, entamé il y a près de vingt ans. Il y a mille façons d’entrer en musique : pour accomplir un plan de carrière, pour répondre à une urgence intérieure, pour gagner un peu de reconnaissance, pour transmettre une tradition… Et puis il y a le chemin tracé par Rokia Traoré, qui depuis son premier album, Mouneïssa, cultive son art pour suivre et développer une véritable philosophie de vie – une morale, si l’on veut, au sens le moins rigide, le plus empirique et ouvert du terme.

Une philosophie en action, forgée à l’épreuve des faits et motivée par les éclairs de la volonté et les élans du coeur. Une philosophie qui, toujours, place en son centre la question fondamentale des choix et des responsabilités.

Avant chacun de ses albums et projets, Rokia Traoré se demande ainsi comment et pourquoi continuer à faire oeuvre de musicienne. Cette fois ci, cette interrogation s’est imposée à elle de manière plus aiguë encore. C’est que l’existence l’a entrainée dans l’une de ces zones de turbulences dont elle a l’imprévisible secret, et où l’intime et le collectif viennent brutalement se télescoper. En 2012 au Mali – où cette enfant de diplomate, rompue depuis toujours à une vie d’itinérance, avait choisi de se réinstaller trois ans auparavant –, Rokia Traoré s’est ainsi retrouvée comme ses compatriotes aux premières loges d’un chaos qui, bientôt, allait se muer en conflit armé. “Cette situation de pays en guerre m’a bouleversée, et m’a fait perdre une naïveté que je ne me soupçonnais pas. Je me suis rendue compte que j’étais encore très candide”, dit-elle aujourd’hui. Obligée de quitter un temps Bamako et de revenir en Europe avec son fils, Rokia Traoré a aussi dû affronter les tourments d’un évènement de vie qui, dans ses prolongements, aura remis en cause son statut et sa légitimité mêmes de musicienne. “Pour simplifier un peu, être une femme artiste, de surcroît Africaine vivant en Afrique, rend peu crédible en tant que mère”, résume-t-elle. Les bouleversements en cours dans le monde musical et l’industrie du disque ont achevé de déposer Rokia Traoré à la croisée de tous les doutes.

Songeant un moment à refermer le chapitre de sa vie d’artiste, elle aura pourtant trouvé l’énergie de ne pas se laisser envahir par le désenchantement. “Tout tombait en même temps, raconte-t-elle. Il n’est jamais agréable de traverser des expériences difficiles, mais c’est aussi ce qui aide à grandir, à comprendre pourquoi on s’accroche ou renonce à certaines choses… Est venu un moment où j’ai compris que j’allais soit y arriver, soit allonger la liste des chanteuses qui finissent mal, et sur lesquelles on écrit des livres où il n’est même plus question de musique ni de talent, mais seulement de déchirements personnels… Je me suis demandée si c’était dans ce genre d’ouvrage que j’avais envie de me retrouver, ou si je voulais prendre le risque de continuer. Il y avait vraiment des décisions à prendre ; et je les ai prises, avec grand plaisir.”

Cet art du rebond nourrit en filigrane toute la trame de Né So. Ecrit et composé en solitaire, puis répété à Bamako, enregistré à Bruxelles et Bristol avec des musiciens auditionnés dans tout l’Ouest africain (“Je n’ai pas voulu d’un groupe uniquement constitué de Maliens, car j’ai besoin de différences et de brassages culturels autour de moi”), l’album représente pour son auteure autant un retour aux bases qu’un nouveau pas en avant. “On peut dire que le Mali, d’une certaine façon, est ma base, en effet : c’est là que je me réfugie quand beaucoup de questions se posent, c’est là que j’assume de prendre des risques quand il le faut… A Bamako, j’ai senti que j’aurais la possibilité d’être à la fois libre etentourée. Né So, dans un sens, me rappelle mon premier album, car, pour pouvoir continuer, j’ai dû littéralement tout reprendre à zéro, réorganiser mon fonctionnement sans même me demander si ce que j’entreprenais allait marcher ou pas. Ce retour aux sources motivé par les circonstances m’a renvoyée à l’époque où, arrêtant mes études en Belgique, j’étais retournée au Mali pour faire de la musique. Mais cette fois, j’ai eupour moi l’avantage de l’expérience. Le bénéfice de l’âge, c’est de pouvoir travailler sans être possédé par la crainte de perdre la renommée relative qu’on a construite. Ce qui amène à des choix libres, spontanés – des choix directement liés à tout ce que j’aime dans la musique.”

Avec un ensemble composé du batteur burkinabé Moïse Ouatara, du bassiste ivoirien Matthieu N’guessan, du joueur de ngoni malien Mamah Diabaté – un complice de la première heure – ou encore de choristes formés dans sa Fondation Passerelle de Bamako, Rokia Traoré ancre Né So dans le terreau musical de cette “beautiful Africa” dont elle chantait les louanges dans son précédent album. Mais sans cesser de perpétuer sa volonté d’étendre son horizon expressif – depuis les mélopées mandingues jusqu’aux sonorités rock, depuis la langue bambara jusqu’à l’anglais ou le français – ni d’étancher sa soif de rencontres et de partages. Respectivement à la direction artistique et à la guitare, l’Anglais John Parish (qui manie également ici et là batterie) et l’Italien Stefano Pilia apportent leurs oreilles expertes et attentives, qui avaient déjà magnifié les plages de Beautiful Africa. Rencontré en 2012 lors de la tournée du collectif Africa Express, le producteur, arrangeur et multiinstrumentiste John Paul Jones (Led Zeppelin, Them Crooked Vultures…) vient apposer traits de basse et de mandoline. La guitare et la voix du songwriter américain Devendra Banhart, autre pensionnaire du label Nonesuch, s’invite aussi dans Sé Dan : une célébration en anglais de la force d’empathie du genre humain, sur laquelle plane la présence bienveillante du Prix Nobel de littérature Toni Morrison, qui a posé sur le texte ses lumières d’écrivain et d’humaniste. Ample et subtile, la diversité de ce générique dit une fois encore la capacité qu’a Rokia Traoré de composer une palette humaine et esthétique à même d’épouser ses visions. “J’ai besoin de collaborations qui reposent sur des valeurs communes, précise-t-elle. Parler du monde seule, je n’en ai pas envie : je veux pouvoir le faire avec des gens avec lesquels je partage des convictions.”

Le monde, selon Rokia Traoré, est à l’image des pièces qui composent Né So, et notamment de sa chanson-titre qui, telle une saisissante eauforte, décrit en quelques strophes la détresse des peuples déracinés de force… Chargé de douleurs et de joies, traversé d’épreuves et d’espoirs, il est couvé par un regard qui, même dans la plus grande adversité, refuse de céder à la tentation de la dramatisation comme de la résignation. De Amour, Amour, Tu voles ou Obiké, odes à la légèreté d’être et au plaisir de vivre, à Ilé, ritournelle où s’exprime une sainte détestation des conflits et querelles d’ego, de Kolokani, hommage à la beauté des sources et des aïeux, à Niélé, hymne au courage des jeunes femmes en devenir, Rokia Traoré fait vibrer plus que jamais ce désir impérieux, ce mouvement vital qui, comme sur une ligne de crête, la conduit à partir de son expérience individuelle pour mieux embrasser l’expérience collective. La reprise aussi terrienne qu’aérienne de Strange Fruit, nouvel emprunt au répertoire  de Billie Holiday (après The Man I Love sur l’album Tchamantché), résonne comme le point d’orgue de cette démarche. Dans ce récit toujours empoignant de la folie haineuse des hommes, mis en écho aux crispations et durcissements de notre époque, la voix de Rokia Traoré, entremêlant recueillement et ferveur, exprime l’humble subjectivité d’une artiste qui, depuis sa position de témoin, se replace dans le contexte de l’humanité, de cette humanité qui l’enrobe et la dépasse tout à la fois. “Je crois que c’est dans ce mouvement-là, du cas particulier au cas général, que je tiens – et qu’on tient tous – le coup. C’est peut-être ça, la maturité : aimer une vie où l’on n’est pas toujours au centre de sa propre vie…”

Dans ces mots résident sans nul doute la raison et le but de Né So : Rokia Traoré s’y invente un “chez soi” qui invite à regarder le monde et la condition humaine tels qu’ils vont, dans toute la gamme de leurs complexités, de leurs difficultés et de leurs beautés.

1- Ô NIELÉ

Bass guitar : John Paul Jones
Drums : John Parish
Guitare : Rokia Traoré
Lead vocal : Rokia Traoré
Backing vocals : Rokia Traoré ; Stéfy Rika

2- O BIKÈ

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Guitar 3 : Rodriguez Vangama
Ngoni : Mamah Diabaté
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Lead vocal : Rokia Traoré
Backing vocals : Rokia Traoré, Bule Mpania , Russell Tshiebua

3- ILÉ

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Ngoni : Mamah Diabaté
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Lead vocal : Rokia Traoré
Backing vocals : Rokia Traoré, Bule Mpania , Russell Tshiebua

4- KÈNYA

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Guitar 3 : Rodriguez Vangama
Ngoni : Mamah Diabaté
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Lead vocal : Rokia Traoré
Backing vocals : Rokia Traoré, Bule Mpania , Russell Tshiebua

 

5- MAYÉ

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Ngoni : Mamah Diabaté
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Vocals : Rokia Traoré

6- NÉ SO

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Ngoni : Mamah Diabaté
Mandoline : John Paul Jones
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums & percussion: Moïse Ouatara
Vocals : Rokia Traoré ; John Parish

7- KOLOKANI

Guitare 1 : Rokia Traoré
Guitare 2 : Rokia Traoré
Lead vocal : Rokia TRoaré
Backing vocals : Rokia Traoré ; Stéfy Rika

8- TU VOLES

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Ngoni : Mamah Diabaté
Guitar 3 : John Parish
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Lead vocal : Rokia Traoré
Backing vocals : Rokia Traoré, Bule Mpania , Russell Tshiebua

9- AMOUR AMOUR

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Ngoni : Mamah Diabat
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Vocals : Rokia Traoré

10- SÉ DAN

Guitare1 : Stefano Pilia
Guitare2 : Rokia Traoré
Guitar 3 : Devendra Banhart
Ngoni : Mamah Diabaté
Mandoline : John Paul Jones
Bass guitar : Matthieu Nguessan
Drums : Moïse Ouatara
Lead vocal : Rokia Traoré ; Devendra Banhart
Backing vocals : Rokia Traoré ; Stéfy Rika

11- STRANGE FRUIT

Guitare1 : Stefano Pilia
Bass guitar : Reggie Washington
Ngoni : Mamah Diabaté
Drums : John Parish
Vocals : Rokia Traoré

Artistic production : John Parish
Music and lyrics : Rokia Traoré
Sound engineer : Aslister Chant ; Pierre Dozin
Photos : Danny Willems

Recording studio : JET STUDIO ; TOY BOX STUDIO
Mastering : LOUD MASTERING

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